le musée de l'orientation par CNUDDE Jean

CNUDDE Jean

ORIENTATION.GREO

mesure de l'homme

Jean Cnudde (11/05/1930 - 22/01/2016)

Né le 11 mai 1930 à Mons-en-Baroeul dans le département du Nord, de parents instituteurs commence ses études à l’Institut Turgot de Roubaix pour l’année 1937-1938, il les poursuit ensuite à l’Ecole Rollin de 1938 à 1942, puis au Lycée Faidherbe à Lille jusqu’à 1949. Il choisit ensuite à la Faculté des Lettres de Lille les toutes nouvelles études de psychologie, et cela jusqu’en 1951.C’est durant ces quelques années qu’il devient instituteur intérimaire et professeur de français et histoire géographie au Cours Complémentaire de La Bassée et en même temps attaché au Centre médico-psycho-pédagogique de Lille situé au Lycée Fénelon. Cherchant ensuite, selon ses mots, une « issue professionnelle » il intègre l’INETOP de Paris pour une formation de conseiller d’orientation professionnelle en deux ans (1951-1953) qu’il résumera ultérieurement dans les termes suivants : «  Détecter des aptitudes insoupçonnées par les tests ». Comme certains étudiants de l’Institut, il profite de ce séjour parisien pour suivre les cours des universités parisiennes. Il choisit la Faculté des Sciences de Paris.

Jean Cnudde au centre d’orientation de Lille.J. Cnudde

Conseiller d’orientation professionnelle stagiaire au Centre d’orientation professionnelle de Lille en 1953, il y fera toute sa carrière de conseiller à directeur jusqu’en 1990. Durant ces années il s’investit dans le syndicalisme et la défense et la représentation des personnels.
Pendant 24 ans il sera commissaire paritaire académique pour le principal syndicat de la profession, le SNES.
Entre 1955 et 1957, comme beaucoup de jeunes de sa génération, il fait un service militaire de 26 mois et demi en Algérie qui interrompt durablement ses débuts professionnels.
Dans un témoignage rédigé en 1999, il estime que l’événement majeur dans l’histoire de l’orientation et celui qui l’a le plus influencé a été le passage à la télévision, dans l’émission réputée et regardée « Cinq colonnes à la une » ,créée en 1959, de Raymond Imbert, Inspecteur de l’Orientation à Orléans, qui montrait, chiffres à l’appui, que 25% et plus des élèves de Fin d’Etudes Primaires, écartés de la voie des études longues, avaient un QI égal ou supérieur à celui des jeunes entrés en sixième après le CM2. On peut en déduire que depuis sa formation il poursuit le même objectif : mettre en cause une sélection sociale injuste pratiquée dans l’école de la Quatrième République qui lui apparaissait, comme à beaucoup d’autres, en pleine lumière et lui substituer par les tests une orientation plus légitime.
Pourtant, malgré une telle justification de son rôle, il estime qu’alors, lui comme les autres conseillers « se sentaient mal armés pour affronter l’exercice de la profession. » Est-ce parce que formé à l’orientation professionnelle, il a retrouvé à son retour de la guerre d’Algérie, en 1957, les obligations professionnelles de l’orientation scolaire, de nouvelles missions et une autre profession ?
La tendance est alors au passage de l’utilisation des tests psychotechniques à l’information, de l’OP à l’OSP et bientôt aux CIO. A cette époque, dans les centres d’OSP, selon J.Cnudde, » il était de bon ton, […] de caricaturer l’action du BUS [ Bureau universitaire de Statistique] à l’aide du verbe « busifier » pour désigner une information non personnalisée, distribuée à la volée. » Mais au début des années 1960, «  les conseillers d’orientation ont été assez contents de pouvoir « busifier » à leur tour, d’autant plus que les examens individuels à la demande des familles ont peu à peu disparu. Auparavant, ils occupaient une journée entière dans la semaine. Il est vrai qu’ils étaient surtout au bénéfice de milieux sociaux privilégiés : ce n’est pas ceux qui en auraient eu le plus besoin qui demandaient des examens. Cette opération s’est faite au grand dam de notre clientèle bourgeoise qui contribuait à la renommée du Service. […] L’ancienne critique du BUS se retourna contre nous : on dit que nous étions comme des médecins qui laisseraient leur dictionnaire médical sur la table de leur salle d’attente pour que les patients trouvent leur maladie d’eux-mêmes. […] Certes, les rendements furent en augmentation rapide, mais la qualité du travail ne fut plus la même. La nature de la profession avait changé aussi. Les conseillers durent réviser leurs méthodes de travail et cette révision fut parfois et pour certains, déchirante.
Telles sont les impressions que me laissa cet épisode de notre transformation. »
Ces missions abandonnés à l’époque « ont été soit gardés par notre équivalent catholique à Lille, soit repris par une entreprise privée commerciale et nos activités d’information ont été doublées par le CIDJ. »

Jean Cnudde, collaborateur, successeur, continuateur de Victor Kouteynikoff (1913-1968).

Il a écrit qu’au « départ [il s’agissait surtout des] examens obligatoires pour la délivrance du certificat d’orientation professionnelle «  et que par la suite «  à partir de 1957 » le but sera la « recherche et le dépistage de l’aptitude aux études secondaires. » Il dit être alors entré, en 1957,  « dans le réseau Kouteynikoff ».
Il devient tout d’abord pendant ses dix ans à Lille, le principal collaborateur de Kouteynikoff, alors directeur du centre de Lille. Il le remplacera pendant deux ans quand il tombera gravement malade et lui succédera après son décès en 1968.
En 1975, les Editions EAP, avec le bienveillant concours de Denise Guyot et Robert Simonnet publient son livre : « Batterie factorielle de Victor Kouteynikoff, instrument et méthode d’évaluation des caractéristiques mentales et leur évolution probable. »
Le 9 mai 2005, devant les membres du GREO, il interviendra sur « « L’évolution probable », réponse de Victor Kouteynikoff à la question du pronostic en orientation.
Pour lui cette «  échelle de développement mental […] décomposait l’intellect en ses différentes caractéristiques[…] Son objectif était le pronostic de la réussite dans les études secondaires, [et ainsi ] de permettre le dépistage précoce de jeunes sous-estimés en classe de par leur forme d’intelligence. » On retrouve ainsi la préoccupation qui était à l’origine de son entrée dans la profession. Ajoutons qu’avec le projet de Kouteynikoff il trouve une réponse à ses questions au sujet de la crédibilité du conseiller et les moyens de proposer un pronostic basé sur des abaques d’évolution probable.
Il résumera l’essentiel dans les termes suivants : « V.Kouteynikoff avait su donner un rayonnement exceptionnel à son service. Je finis par accepter de lui succéder en pensant naïvement continuer sur sa lancée. Mais les conseillers d’orientation manifestaient de plus en plus de résistance aux tests, particulièrement aux collectifs, pas seulement à ceux de Kouteynikoff, mais à tous en général. Le mouvement de contestation de Mai 1968 porta le coup fatal. »

 

Jean Cnudde et les instruments et tests du musée d’Histoire naturelle de Lille de 1990 à 2016.

C’est au moment de son départ en retraite, en 1990, que Jean Cnudde a proposé à M. Bertrand Radigois, alors conservateur en chef du Musée d’histoire naturelle, industriel, commercial et d’ethnographie, de rassembler des instruments utilisés dans le cadre de l’orientation professionnelle, durant la première moitié du XXe siècle.

Il commence à recueillir en France et en Belgique de nombreux objets et appareils. Comme beaucoup d’autres, le 5 juin 1998, avec mon épouse, nous sommes venus à Lille lui remettre les instruments psychotechniques du CIO de Paris 13ème et il en avait été particulièrement heureux.

En 2002, il obtient la publication d’un magnifique ouvrage intitulé « La mesure de l’Homme, instruments et tests du musée d’Histoire naturelle de Lille, aux éditions Somogy Editions d’art. Il remercie à cette occasion les nombreuses personnes et organismes qui ont contribué à enrichir sa collection. Préfacé par Mme Martine Aubry, maire de Lille, avec un avant-propos de M.Bertrand Radigois, conservateur en chef du Musée d’histoire naturelle, industriel, commercial et d’ethnographie, des articles de Jean Cnudde, Françoise Parot, Francis Danvers, Marcel Turbiaux, Charles Tomas, Michel Huteau et Stéphane Callens, cet ouvrage avec les photos et notices de 166 objets constitue une ressource sans égale pour tous les chercheurs en histoire de la psychologie.

En 2003 l’exposition temporaire « Biceps et Cortex au pays de la mesure » présente une centaine d’objets parmi les 165 du catalogue et les 250 de la collection complète.

Le vendredi 3 décembre 2004, au Musée d’Histoire Naturelle de Lille, sous la Présidence d’Honneur de Madame Martine Aubry, Maire de Lille, il sera fait Commandeur dans l’Ordre des Palmes Académiques, pour son rôle de créateur de la Collection Mesure de l’Homme du Musée d’Histoire Naturelle.

En 2005, il assure le rôle de conseiller technique de deux expositions en Belgique consacrées à la mesure de l’homme.

Il contribue, par une étude intitulée « La mémoire de la psychologie expérimentale de part et d’autre de l’Atlantique » au volume de Denise Guyot et Robert Simonnet, Un siècle de psychométrie et de psychologie. Etablissements d’applications psychotechniques, publié chez L’Harmattan en 2008.

En 2011, transfert au Musée de Lille de 200 objets et appareils psychotechniques recueillis pendant des années par Rémi Guerrier et Jean-Jacques Carriquiriborde de la direction de l’INETOP (CNAM) à Paris.

Au début de 2012, le Musée intègre progressivement le fonds donné par l’INETOP et à la fin de l’année, le cap des 400 objets est dépassé après une donation de l’Académie de Lyon.

Durant plusieurs années J.Cnudde avec Yasmine Pin et le personnel du Musée ont procédé à une description et identification des 450 objets et leur inscription à l’Inventaire général du patrimoine culturel de la France. A ce jour du 30 janvier nous ne savons ni si ce travail est terminé, ni s’il est consultable.

En août 2015, il écrit être sur la « touche depuis plus d’un an, suite à accident avec complications. » Alors, au sujet du musée il écrit : « Le spectacle de désolation que j’y ai trouvé ne m’a pas incité à y retourner. La collection a été démantelée et remisée sans ordre dans un local de conservation réglementaire mais inutilisable. »

Avec mon épouse, nous l’avons rencontré longuement à son domicile le 4 septembre 2015. Il nous avait fait part de sa grande lassitude et de son découragement à voir ses efforts, ceux de vingt-cinq ans d’un travail assez solitaire, largement mis en cause. Il ne perdait pourtant pas totalement espoir et souhaitait toujours obtenir les moyens d’une présentation satisfaisante des 450 objets de sa collection.
Dans un dernier message, le 18 janvier 2016, quelques jours avant sa mort, il me réitérait ces vœux concernant l’avenir de son œuvre.
Décédé le 22 janvier 2016, il a été accompagné par sa famille et ses amis et salué par Mme M.Aubry maire de Lille, lors de ses funérailles qui ont eu lieu le jeudi 28 janvier au cimetière de Mons-en-Baroeul.

Pierre Roche
Président du GREO
Paris, le 5 février 2016

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